mercredi 29 février 2012

Le mot de Mgr Housset

"Ecouter la Parole du Père"


Notre démarche diocésaine Baptises, semeurs d’Evangile est fondée sur les trois sacrements de l’initiation chrétienne : le baptême, la confirmation, l’eucharistie. Des fiches de méditation de textes bibliques ayant trait au baptême sont proposées pour ce Carême 2012, comme l’an dernier, celles sur des paraboles du Christ au sujet de la semence. En lien avec ces fiches spirituelles, je rappelle le cœur de notre foi chrétienne catholique sur le premier des sacrements.

Ecouter la parole du Père

Le baptême, comme l’écrit Saint Paul, est "un bain d’eau qu’une parole accompagne" (Ephé 5,26). En effet, rien de véritablement humain ne se réalise sans parole. C’est la parole qui exprime le fond de nos pensées et nos relations avec les autres, qui donne sens à nos décisions et à nos actions. A fortiori, rien de véritablement humano-divin ne se réalise sans la Parole de Dieu.

Et c’est ce qui se passe à chaque baptême. C’est d’abord la parole des personnes qui accompagnent, soit les parents du bébé qui va être baptisé, soit le jeune ou l’adulte qui se prépare à ce premie sacrement de l’initiation chrétienne.

Un initiateur ou un "entraineur" est nécessaire. Durant ce parcours, de nombreuses paroles sont échangées qui permettent aux uns de découvrir leur démarche, aux autres d’approfondir leur foi. Car le baptême est "le sacrement de la foi". Ainsi, le diacre Philippe, sur la route de Gaza, répond-il à la demande de l’Ethiopien : "Comment pourrais-je comprendre s’il n’y a personne pour me guider ?" (Ac 8, 31). Cette parole, c’est ensuite celle du prêtre ou du diacre qui baptise.

Après avoir mentionné le prénom du baptisé (chacun est unique !), il verse de l’eau sur sa tête (il peut aussi baptiser par immersion), en disant : "Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit." Telle est d’ailleurs la conclusion de l’Evangile selon saint Matthieu : "Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" (Mt 28,19).

Cette parole, c’est surtout celle du Père qui a été entendue lors du baptême de Jésus. La différence entre celui-ci et le nôtre est essentielle.

 Le Christ est Dieu depuis toujours. S’il demande à Jean-Baptiste une ablution d’eau, c’est pour manifester sa solidarité avec les pécheurs que nous sommes. Et c’est à ce moment là que Dieu son Père exprime son unité avec Lui en révélant son identité de Fils éternel.
Nous, nous sommes pécheurs, le bain du baptême nous pardonne nos péchés et nous fait participer à la vie du Fils. Grâce à Lui, nous devenons réellement fils de Dieu et frères du Christ.

Les paroles que le Père a prononcées sur Jésus, il les prononce sur chaque baptisé. C’est audacieux de le dire. Jean-Paul II a cette audace, dans son exhortation sur "les fidèles laïcs du Christ" : "Au sortir des eaux des fonts baptismaux, chaque chrétien entend à nouveau la voix qui fut entendue un jour sur les rives du Jourdain : "Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur" (Luc 3,22).

Avons-nous vraiment conscience de cette transformation inouïe que réalise le premier des sacrements ? Fils d’un homme et d’une femme, je suis devenu pour toujours fils de Dieu. Ma vie simplement humaine participe à la vie humano-divine du Christ. Lui, Dieu éternel, est devenu homme pour m’associer à la vie trinitaire.
Moi, simple humain, je deviens semblable au Christ, fils dans le Fils. Je suis christifié ou divinisé pour recevoir la plénitude de mon humanité.

Je deviens ce que je suis appelé à être depuis toujours : "Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ... nous a choisis en Lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour" (Ephé 1, 3-4).

Quand des parents ont conscience de cette splendeur de la vie christique réalisée par le baptême, pourquoi en priveraient-ils leur enfant ? Celui-ci, devenu grand, pourra la refuser (Dieu ne s’impose jamais).
Mais il ne pourra pas reprocher à ses parents de lui avoir donné ce qu’ils estiment être "la meilleure part" (Luc 10, 42), celle de Marie qui écoute la Parole de Dieu et est divinement transformée par elle.

Naitre de l’eau et de l’esprit

A Nicodème, notable juif en recherche spirituelle, Jésus affirme : "Nul, s’il ne nait d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu" (Jn 3,5). Et à la Samaritaine, qu’il rencontre au bord d’un puits, il précise : "Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : "Donne-moi à boire", c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive." (Jn 4, 10).

L’eau, dans la tradition biblique, revêt plusieurs significations.

Elle est à la fois symbole de vie, de purification et de mort. Ainsi, le passage de la mer Rouge permet au peuple d’Israël d’être libéré de l’esclavage d’Egypte et d’entrer dans la nouvelle vie de la Terre Promise.
Baptiser signifie plonger ou immerger. En étant plongé dans l’eau, fécondée par la présence de l’Esprit-Saint, le baptisé est uni, assimilé à la mort du Christ puis à sa vie éternelle de Ressuscité.

"Baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec Lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle." (Rm 6, 3-4).

Le rite de l’immersion, pratiqué dans les baptistères anciens (par exemple celui de Poitiers qui date de la moitié du IVème siècle), est plus expressif que le simple fait de verser de l’eau sur la tête. Le baptisé descendait quelques marches pour traverser l’eau et remontait de l’autre côté. Ainsi était bien mis en valeur que le baptême unit au mystère de la mort puis de la Résurrection du Seigneur Jésus.

C’est l’action de l’Esprit-Saint qui donne à ce rite toute sa fécondité. Sans Lui, ce serait une simple ablution d’eau. Grâce à Lui, le baptisé est réellement purifié de ses péchés, à commencer par le péché fondamental ou originel qui considère Dieu comme un rival.
Et le baptisé vit de la vie nouvelle et définitive du Christ qui répond à ses attentes les plus profondes, les plus vitales. 

Mais il faut du temps - celui de l’existence actuelle - pour que cette transformation soit réalisée. Par l’Esprit qui l’unit au Christ vivant, le baptisé est aussi uni à son Corps qui est l’Eglise. Le Christ est la Tête, les baptisés sont ses membres multiples. On ne peut pas être uni au Christ sans être uni à l’Eglise.

Celle-ci est ce peuple singulier, issu de toutes les nations et cultures, personne ne pouvant lui être étranger. Ce peuple nait de la communion du Père, du Fils et de l’Esprit. Et il est formé pour témoigner visiblement de cette communion (l’inverse du péché !) que la Trinité veut établir avec toute l’humanité ainsi qu’entre les humains.

Par l’Esprit-Saint aussi et en Eglise, les baptisés participent à la triple fonction du Christ Prêtre, Prophète et Roi. Ils sont prêtres, c’est-à-dire offrent au Père leurs personnes et leurs activités, en s’unissant au sacrifice du Christ. Ils sont prophètes, en dénonçant courageusement le mal et en annonçant la Bonne Nouvelle de l’Evangile dans toute leur vie quotidienne. Ils sont rois en servant la construction du Royaume de Dieu dans notre société et en participant à la réalisation de la communion trinitaire entre les humains.

Plus les baptisés vivent leur baptême, plus ils deviennent responsables de la vie de l’Eglise et de sa mission dans notre monde. La fécondité de l’eau animée par l’Esprit est sans limites jusqu’au moment où "Dieu sera tout en tous".

Accueillir la lumière du Fils

La guérison par le Christ de l’aveugle (Jn 9) est éminemment symbolique, comme tout signe miraculeux réalisé par Lui.

Préalablement, Il a osé se présenter comme étant "La Lumière du monde". "Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie" (Jn 8, 12).

Par le baptême, les chrétiens sont précisément unis au Christ pour être éclairés de sa lumière sur eux-mêmes, leur vie, l’avenir et Dieu.

Les catéchumènes adultes, dans un parcours et leurs lettres si riches d’expressions de foi, qui suscitent la plupart du temps mon admiration, utilisent diverses comparaisons dont celle du vitrail.

Avant de répondre à l’appel de l’Esprit, qui s’est adressé à eux souvent de façon inattendue, la compréhension qu’ils ont de leur existence est comme celle d’un vitrail vu de l’extérieur. Ils voient des couleurs, des formes, mais ils ne saisissent pas la cohérence de l’ensemble.
Au fur et à mesure que leur relation au Christ prend consistance, grâce à leur groupe d’accompagnement, le vitrail de leur existence découvert de l’intérieur prend forme, on peut presque dire, prend vie.

Une telle transformation décisive est déjà notée par Saint Pierre : "Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d’annoncer les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière" (I Pi 2,9).

Ce n’est pas sans raison que des Eglises d’Orient appellent le baptême "illumination". Le regard du baptisé est, en effet, peu à peu transfiguré par cette lumière du Christ. Il se voit lui-même, il voit les autres et il voit le monde peu à peu du regard même du Christ. Les saints y parviennent dès ici-bas. Nous, nous sommes en chemin, en nous laissant encore aveugler par les ténèbres du péché ou de l’erreur.

Mais cette illumination progressive ouvre à la confiance en soi, dans les autres et en Dieu. Et elle fait vivre de plus en plus dans la paix intérieure et l’espérance. Elle permet de discerner le bon côté de chacun, la progression du Royaume dans notre monde malgré les apparences contraires. Cette lumière qu’est le Christ permet aussi de ne pas douter de Dieu, de ne pas se décourager devant les difficultés présentes et les assauts répétés du Mal.

J’ai été très frappé par l’appréciation que deux prêtres haïtiens, vivant dans notre diocèse, m’ont apportée au retour de leur visite dans leurs familles, quelques mois après le tragique tremblement de terre de janvier 2010 : "les Haïtiens n’accusent pas Dieu." La foi chrétienne, lorsqu’elle est bien vécue, sait situer Dieu dans sa vérité avec justesse.

L’oraison finale d’une messe de l’Avent demande à Dieu de nous "apprendre le vrai sens des choses de ce monde et l’amour des biens éternels". Nous y parvenons en nous laissant illuminer par la lumière du Christ, reçue au baptême.

+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes

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